Qui comme moi garde espoir ?

Suite à la clôture en avril dernier du MOOC sur la transition intérieure proposée par l’université des Colibris, une rencontre post MOOC s’est tenue le 13 juin dernier, organisée par le cercle cœur du groupe local Paris 15e. Nous avions préparé une série d’animations pour créer du lien et un espace de confiance afin que chacun puisse s’exprimer sur son expérience du MOOC et ainsi apporter une dimension collective à l’expérience individuelle et personnelle de la transition intérieure.

Pour ma part, le MOOC a eu un effet assez particulier car c’est au fil de mon avancée que j’ai pris la décision de passer du « méditant » à « l’action », en me rapprochant du groupe local Colibris Paris 15ème, afin de rejoindre le cercle cœur et d’essayer de moi aussi « faire ma part ».

La rencontre démarre par une sorte de brise-glace, le « Qui comme moi … ? ». Qui comme moi est en gratitude d’avoir suivi ce MOOC ? Qui comme moi a beaucoup apprécié la partie Gaïa et reconnexion avec la nature du MOOC ? Qui comme moi a le sentiment que les choses bougent en ce moment et qu’une sorte de prise de conscience est en train de s’opérer, annonçant un changement prochain ? Qui comme moi garde espoir ? … Cette dernière question résonna étrangement en moi… comme si elle avait petit à petit perdu de son sens et que j’avais arrêté tout simplement de me la poser depuis si longtemps… Comme si cet incessant flux quotidien de nouvelles anxiogènes sur les catastrophes climatiques, sanitaires, systémiques, (…)  que nous vivons s’était tellement intégré dans le paysage, au point qu’il n’y ait plus de place pour même me poser cette toute simple question…

Un temps de méditation vient ensuite nous ancrer et exprimer notre gratitude pour la Terre. Chacun à tour de rôle nous rappelle à sa manière la richesse, le merveilleux et les dons que nous fait tous les jours le vivant. Gratitude de pouvoir observer quotidiennement ne serait-ce qu’un arbre ou une fleur lors d’une promenade dans les rues parisiennes. Gratitude pour toutes ces personnes qui s’éveillent tous les jours au précieux de la nature, puis le diffusent autour d’eux. Gratitude de posséder un espace extérieur avec de nombreuses plantes et fleurs une bonne partie de l’année, de les voir grandir et d’en prendre soin.

Mais rapidement, mon esprit divague et bascule du « merci » de gratitude au « pardon ». Pardon que nous les humains ayons seulement vu ces richesses comme des ressources illimitées à capitaliser à tout prix; pardon d’avoir fragilisé ce merveilleux jusqu’à en détruire définitivement une bonne partie; pardon d’avoir pris ces dons comme acquis et de les avoir pillés égoïstement sans penser aux futures générations…

« Quand je pense à Gaïa, je suis très en peine car je me rends compte qu’on lui fait du mal ». A cette phrase, chacun de nous prend ensuite la parole afin de partager et exprimer son ressenti. Nous nous sommes rapidement rendu compte que l’état de notre Gaïa ne pouvait pas se limiter à de la peine, mais au contraire réveillait de nombreux et différents sentiments en nous. Pour certains, ressortaient de l’aberration et une certaine colère face au positionnement de l’homme sous toutes ses formes en dominant sur la nature : bétonnage, usines, centrales, épuisement des ressources, etc. Cette incessante croyance que l’homme est supérieur à toutes les autres espèces aussi bien végétales, animales que minérales. Pour une autre personne, c’est un basculement constant entre « joyeuse tristesse » et « tristesse joyeuse ».  La première lorsqu’en début de semaine elle vit un enfant s’acharner contre un arbre avec une épée en plastique dans un parc. La seconde lorsqu’elle découvre une nouvelle initiative locale ou lorsqu’elle rencontre une nouvelle personne avec qui elle peut échanger rapidement et naturellement sur plein de sujets « perchés ».

La peine n’est plus vraiment le sentiment prédominant également chez moi, mais plutôt un mélange d’incompréhension et d’impuissance. Incompréhension des raisons qui nourrissent cette haine et cette violence envers Gaïa. Pourquoi la différence, l’autre, une autre manière « d’être vivant » est-elle considérée comme inférieure, et pourquoi cela doit-il forcément attiser une domination destructrice et une appropriation sans condition ? Pourquoi faire tant de mal alors qu’on pourrait utiliser toute cette énergie à faire tant de bien… Impuissance car tout est interdépendant : climat, santé, éducation, politique, inégalités, économie, etc… Et qu’aujourd’hui, un (très) petit nombre de personnes a réussi à s’attribuer un puissant monopole sur tous ces éléments et à concentrer les principales marches de manœuvre entre leurs quelques mains. Cependant, je veux rester positive dans le moment présent car, comme chacun à cette rencontre, nous ressentons que, malgré tout, quelque chose se passe, que de nombreuses initiatives naissent tous les jours, réunissent de plus en plus de personnes et prennent de l’ampleur.

La rencontre propose pour terminer cette transition intérieure, des idées de prochains petits pas pour utiliser toutes ces émotions, comme une énergie pour agir et aller de l’avant. Certains se sentaient plus « résistants », souhaitant convertir leur colère en participant à des blocages avec XR. Une autre se sentait plus « transitionneuse » en exprimant le souhait de rejoindre un éco-village pour participer à l’émergence de modes de vie alternatifs. Pour ma part et comme plusieurs autres, j’étais plutôt attirée par la résilience afin de créer ou de rejoindre un collectif solide pour affronter le monde de demain. C’est bien sur ce pilier- ci que je me suis appuyée pour faire mon premier « petit pas » en rejoignant récemment le cercle-cœur du groupe local Colibris. 

A la clôture de cette rencontre, je me repose finalement cette question : qui comme moi garde espoir ?

Malgré ce « non » instinctif qui m’était venu en début de rencontre et un certain pessimisme qui m’habite face à cette violence systémique, ce chaos climatique, l’essoufflement de notre démocratie, l’extinction de masse de notre biodiversité, la capitalisation de tout même de l’éthique, et tant d’autres, je termine cette rencontre nourrie d’un peu d’espoir. Espoir de voir de nouvelles forces sociales s’allier, de voir de plus en plus d’alternatives émerger et de pouvoir prendre part à ces mouvements. Car les choses bougent, évoluent, les imaginaires se réécrivent, et tous ces liens qui aliènent et maintiennent dans l’immobilité et l’inaction deviennent peu à peu des liens qui libèrent et émancipent. Cela est bien réel et toutes ces personnes qui ont suivi le MOOC et celles qui étaient présentes à cette rencontre en sont la preuve. Tous les jours, de petites étincelles s’éveillent et à terme, lorsque chacune se sera reliée, nous serons un vrai et large rayon de lumière qui éclairera un autre monde possible : plus écologique, juste et solidaire. Il sera tellement lumineux et aveuglant que tout le reste s’assombrira et s’éteindra tout naturellement. C’est “ en étant le changement que l’on veut voir dans le monde que les choses bougent ” disait Gandhi. Donc ne gardons pas espoir mais incarnons l’espoir ! Incarnons-le si profondément et follement que cela devienne contagieux et atteigne jusqu’à la personne la plus insouciante et réticente à tout ça. Mon prochain petit pas sera collectif, ce sera le nôtre et il sera immense ! 

Adèle, membre du cercle cœur des Colibris Paris 15e

3 réflexions au sujet de « Qui comme moi garde espoir ? »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *